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Transitions en yoga - elles nous en disent plus que les postures

Article publié le vendredi 15 mai 2026 dans la catégorie bien-être.
Transitions en yoga : elles nous en disent plus que les postures

Transitions en yoga : elles nous en disent plus que les postures

Par Valérie Allibe, professeure de yoga certifiée 500RYT

Quand j'observe une pratique de yoga, je regarde rarement la posture en premier.

Je regarde ce qui se passe avant.

La façon dont la personne pose ses mains. La manière dont elle avance le pied entre les mains. Le petit moment de précipitation avant Chaturanga. Le souffle qui se suspend juste avant de sauter vers l'avant (les "jump" ) du tapis. Le bassin qui s'effondre dans la planche. Le regard qui part chercher la sortie avant même que le mouvement soit terminé.

Après dix ans d'enseignement — notamment en Ashtanga yoga — j'ai compris une chose : les transitions racontent souvent plus de choses que les postures elles-mêmes.

Une posture peut être belle de l'extérieur. Mais une transition, elle, ment rarement.

Elle montre notre rapport à l'effort, à la patience, à la précision, à la respiration. Elle révèle nos habitudes corporelles : le côté que l'on utilise trop, celui que l'on évite, l'endroit où l'on force, celui où l'on abandonne.

Et tout cela se voit très clairement sur un tapis de yoga .


Le tapis n'est pas seulement un support

On parle souvent du tapis comme d'un accessoire : il amortit, il évite de glisser, il rend la pratique plus confortable. C'est vrai. Mais pour moi, dans l'enseignement, le tapis est aussi un outil d'observation.

Il donne un cadre.

Un avant, un arrière, un centre, deux bords, une longueur, une largeur. Ce rectangle peut paraître banal — mais il devient très intéressant quand on commence à observer comment le corps s'y déplace.

En cours, je vois souvent les mêmes choses.

Une personne commence son Chien tête en bas bien au centre du tapis. Trois vinyasas plus tard, elle est presque sortie du tapis. Une autre place toujours sa main droite un peu plus en avant que la gauche. Une autre encore avance le pied entre les mains, mais le pose systématiquement à l'extérieur — comme si le bassin refusait de rester dans l'axe.

Ce ne sont pas des erreurs au sens moral du terme. Ce sont des informations.

Le tapis devient une carte. Et cette carte nous montre où nous sommes vraiment.


La transition Chien tête en bas ? Guerrier : le grand révélateur

S'il y a une transition que j'observe beaucoup, c'est celle du Chien tête en bas vers le Guerrier.

En théorie, cela paraît simple : on avance un pied entre les mains.

En pratique, c'est beaucoup plus subtil.

Très souvent, les élèves pensent que si le pied n'arrive pas à l'avant du tapis, c'est parce qu'ils manquent de souplesse. Parfois, c'est vrai. Mais pas toujours.

J'ai vu des personnes très souples avoir énormément de mal à avancer le pied. Et j'ai vu des personnes beaucoup moins souples y arriver avec précision — parce qu'elles avaient compris autre chose : il faut créer de l'espace.

Pour avancer le pied, on ne lance pas simplement la jambe vers l'avant. On pousse dans les mains. On arrondit légèrement le dos. On rapproche le genou de la poitrine. On engage le bas du ventre. On accepte aussi, parfois, de poser le pied à mi-chemin et de l'aider avec la main.

Ce geste-là, pour moi, est très beau pédagogiquement.

Parce qu'il oblige à sortir de l'idée de performance. Le but n'est pas d'avoir l'air fluide. Le but est d'être présent.

Quand j'accompagne mes élèves dans cette transition, je leur demande souvent de ralentir. De sentir les mains dans le tapis. De ne pas paniquer si le pied n'arrive pas "parfaitement". De ne pas transformer la transition en petit saut nerveux.

Le yoga commence précisément à cet endroit : quand on arrête de tricher avec la vitesse.


Chaturanga : là où beaucoup de pratiquants vont trop vite

Chaturanga est une autre grande leçon.

En Ashtanga et en Vinyasa, cette transition revient souvent. Très souvent. Et c'est justement pour cela qu'elle mérite beaucoup d'attention.

Je vois régulièrement des élèves descendre trop bas, trop vite — les épaules qui passent sous les coudes, les omoplates qui s'effondrent, le bassin qui tombe, les coudes qui partent largement sur les côtés.

Le problème, ce n'est pas seulement l'esthétique de la posture. C'est la répétition.

Un Chaturanga approximatif fait une fois n'est pas dramatique. Mais un Chaturanga approximatif répété dix, vingt, trente fois par semaine peut créer de vraies tensions — notamment dans les poignets, les épaules, la nuque.

Pour moi, la première étape n'est pas de "réussir" Chaturanga. C'est de comprendre la direction et ce qu'on cherche dans cette posture. Et je répète souvent, c'est une posture , donc on prend son temps en Chaturanga.

Depuis la planche, les mains s'ancrent. Les talons reculent. La poitrine avance. Le ventre reste actif. Puis les coudes se plient le long du corps— sans que le corps s'écroule.

Et très souvent, je propose de poser les genoux.

Pas comme une version "facile". Comme une version intelligente.

En yoga, adapter n'est pas régresser. Adapter, c'est apprendre et comprendre.

Un bon tapis aide beaucoup dans ce travail — les mains doivent pouvoir rester stables. Si elles glissent, le corps compense immédiatement : on serre les mâchoires, on contracte les épaules, on perd le souffle. À l'inverse, quand l'appui est stable, on peut mieux sentir la poussée des mains, l'orientation des coudes, l'engagement du centre.


Ce que les transitions révèlent du mental

Avec le temps, j'ai compris que les transitions ne parlent pas seulement du corps.

Elles parlent aussi du mental.

Certaines personnes anticipent toujours la posture suivante. Elles ne sont déjà plus dans le Chien tête en bas, mais pas encore dans leur guerrier— dans un entre-deux agité. D'autres veulent aller vite pour ne pas sentir l'effort. D'autres encore retiennent leur souffle dès que le mouvement devient plus complexe.

Je reconnais très bien ces mécanismes. Parce que je les ai aussi traversés dans ma propre pratique.

L'Ashtanga yoga m'a beaucoup appris là-dessus. La répétition des mêmes séquences peut être très confrontante. On retrouve les mêmes transitions, les mêmes difficultés, les mêmes résistances. Au début, on peut avoir l'impression de répéter. Puis, peu à peu, on comprend que l'on observe.

Le corps change, bien sûr. Mais surtout, le regard change.

On commence à sentir le moment exact où l'on force. Celui où l'on se décourage. Celui où l'on veut aller trop vite. Celui où l'on pourrait respirer au lieu de lutter.

C'est là que la pratique devient vraiment intéressante.


Travailler les transitions sans chercher à impressionner

Je propose souvent à mes élèves de consacrer une séance entière non pas à "faire plus" — mais à faire plus lentement.

Par exemple, depuis le Chien tête en bas :

  • Avancer le pied droit entre les mains
  • Revenir en Chien tête en bas
  • Avancer le pied gauche
  • Revenir
  • Passer en planche, poser les genoux
  • Descendre en Chaturanga adapté
  • Ouvrir en Cobra ou Chien tête en haut
  • Revenir en Chien tête en bas

Rien de spectaculaire.

Mais si l'on fait cela avec attention, on découvre énormément de choses.

Est-ce que les mains bougent ? Est-ce que le souffle reste fluide ? Est-ce que le pied arrive lourdement ou avec douceur ? Est-ce que le bassin s'effondre ? Est-ce que le regard reste calme ? Est-ce que l'on est vraiment là ?

Ce genre de travail peut paraître simple de l'extérieur. Pourtant, il demande une grande honnêteté et une grande présence à soi même.


Pourquoi j'aime enseigner ces détails

J'aime enseigner les transitions parce qu'elles remettent de la conscience dans ce que l'on fait souvent automatiquement.

Et je crois que c'est l'un des grands risques dans une pratique dynamique : confondre fluidité et automatisme.

La fluidité n'est pas le fait d'aller vite. Ce n'est pas non plus enchaîner les postures sans réfléchir. La vraie fluidité vient d'un mouvement habité — relié au souffle, précis sans être rigide.

Quand une personne commence à sentir cela, sa pratique change.

Elle n'a pas forcément besoin de faire des postures plus avancées. Elle pratique autrement. Elle devient plus présente dans ses appuis, plus consciente de ses directions, plus respectueuse de son rythme.

Et souvent, les postures s'améliorent naturellement — presque comme une conséquence.


Pour finir

La prochaine fois que vous déroulez votre tapis, essayez de ne pas vous demander seulement quelles postures vous allez faire.

Demandez-vous comment vous allez vous déplacer entre elles.

Comment vos mains se posent. Comment vos pieds avancent. Comment votre souffle accompagne le mouvement. Comment votre corps réagit quand il ne peut pas aller aussi vite que votre mental le voudrait.

Le tapis de yoga devient alors plus qu'un espace de pratique. Il devient un lieu d'observation.

Et les transitions — que l'on croyait secondaires — deviennent parfois les meilleurs professeurs.

C'est souvent dans ces moments discrets, entre deux postures, entre deux respirations, entre l'envie d'aller vite et le choix de ralentir, que le yoga commence vraiment.


Valérie Allibe est professeure de yoga certifiée 500RYT, formatrice et autrice de "Yoga sur chaise super simple" (Mango Éditions) et Yoganimé. Elle enseigne l'Ashtanga yoga près de Lyon et en ligne .



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